Sujet 2 : Prospectif

Nous sommes en 2028. Vous venez de terminer votre Master en Sciences de l’information et de la communication. Décrivez votre journée type, irriguée d’un accès permanent au réseau, que ce soit au niveau de votre vie étudiante au sein de l’Université, en termes d’enseignements et de pédagogie, et sur tout autre registre qui vous viendrait à l’esprit.

 

9h : Réveil

Réveillée par l’habituelle sonnerie du smartphone, mon premier réflexe est de jeter un coup d’œil à mes notifications, toujours étendue dans le lit. Ah, tiens, une notification de l’application mobile de l’université. Celle-ci a été développée il y a quelques années afin de pouvoir avoir accès directement à l’intranet sur son téléphone. Depuis, de nombreuses mises à jour ont permis à l’application d’apparaître de nouvelles fonctionnalités. Celle-ci centralise les différents services adjoints au réseau de l’université, comme le service de paiement nécessaire pour la restauration sur place, mais également pour le règlement des différents frais liés à la scolarité. On y retrouve le replay des cours tenus, ainsi que l’ensemble des ressources nécessaires à nos cours (celles-ci sont désormais systématiquement numérisées). Un service d’échange a été développé par un bot avec une IA performante permet de répondre et de traiter des demandes, allant de la plus simple (questions au sujet de la faculté) à la plus poussée (demande de prise en charge de dossier automatisée, reconnaissance des documents). Il est nettement plus rapide de passer par là, car les membres de l’administration se chargent désormais de missions demandant plus de réflexion, telles que des admissions dans des formations.

La notification que j’ai reçue m’indique que les cours aujourd’hui auront lieu virtuellement, en raison du programme de la journée et de la jauge calculée quotidiennement. En effet pour que les cours ayant lieu en présentiel soient d’une qualité optimale, l’université s’est dotée d’un système de calcul permettant de répartir l’intégralité des étudiants sur site selon les jours. Cela permet un meilleur confort sur place, et d’éviter des soucis d’infrastructures, qui n’ont plus besoin d’être aussi importantes désormais.

9h30 : Première connexion

Après une brève douche et un café pour me réveiller, je me connecte donc pour mon premier cours de la journée. Celui-ci a lieu sur le metaverse. Panthéon-Assas a acheté un énorme terrain représentant les locaux de la faculté afin de prolonger l’immersion. Ils auraient pu tenter quelque chose de plus original et de moins sérieux tout de même… Ne nous le cachons pas, toutes les universités et écoles n’ont pas installé ce dispositif pour tous les étudiants, car celui-ci est extrêmement cher. Ce sont les plus prestigieuses et pour les étudiants dont leur domaine est directement lié à celui du numérique et des nouvelles technologies. Nous faisons donc partis des heureux élus ! Et soyons honnêtes, cela sert plus à la concurrence et à la rivalité entre les différentes écoles qu’à nous. Il s’agit de mettre en avant sa “marque” et la performance de ses formations.

Je retrouve mes camarades dans notre classe virtuelle avant que le cours ne commence. Les murs sont tapissés de publicités pour Coca-cola ou bien pour Google. Et oui, investir dans le metaverse,ça coûte cher et il faut bien le rentabiliser d’une manière ou d’une autre. Pourtant, cela ne devrait plus tarder à disparaître. En effet le gouvernement français, à la fin de l’année, va devoir appliquer une nouvelle réglementation de l’union européenne. Les acteurs privés ne peuvent plus effectuer des campagnes publicitaires au sein d’institutions ou tout autre organisme public. Par ailleurs, de nombreuses failles de cybersécurité avaient été mises en lumière à cause de la présence de ces publicités.

Le cours commence, il s’agit d’un cours de communication digitale. Pour la première partie, une vidéo a été tournée par le professeur. Ensuite, nous devons nous mettre en groupe pour traiter d’un cas d’usage. Nous faisons appel aux différents outils développés ou partenaires de l’université : gestion de projet, budgétisation, logiciels de graphisme ; tous les usages sont numériques. Cela permet de tout visualiser en temps réel.

12:30 : Déjeuner

Après ce long cas d’étude, je décide de me changer les idées en sortant déjeuner avec une amie au soleil. Il existe un restaurant partenaire de l’université qui propose une formule étudiante intéressante ; je commande grâce à l’application mobile d’Assas pour retirer en click n collect. En sortant de chez moi, j’attrape une navette. Celle-ci est 100% électrique et elle me permet de voyager bien plus rapidement puisque de nombreuses voies ont été aménagées et réservées pour ces transports en ville. Bien plus agréable que de passer en sous-terrain !

Lorsque j’arrive, mon amie et moi-même récupérons notre commande dans une sorte de “casier” connecté”. En effet, le restaurant est passé totalement en service de click n collect car, du fait de la hausse de loyers, ne pouvait se permettre d’avoir un local avec des couverts. Il était bien plus intéressant pour lui de développer ce système économique avec ce système de restauration rapide, à emporter, et où les commandes sont à récupérer tout seul.

14h30 : Seconde connexion

Heureusement que ma montre m’a rappelée que mon cours allait bientôt commencer ! Je reprends ma navette dans le sens inverse et après mon traditionnel café, je me reconnecte. Cet après-midi, c’est économie et marchés financiers du numérique. Ce qui signifie jeu ! En effet, afin de dynamiser cette matière quelques fois trop robuste, l’équipe pédagogique a décidé de le présenter sous forme de jeu virtuel. Après la popularité des escapes games et des serious games, ils ont décidé de faire un mélange des deux et de nous proposer cette nouvelle forme de jeu immersif pour que l’apprentissage soit plus attrayant. Et ça marche ! Nous voilà en train de déambuler (toujours virtuellement) dans les couloirs pour trouver réponse à des énigmes et autres afin de valider le module de ce jour. Cela permet aussi de bien rire avec ses camarades de classe.

18h : Rendez-vous médical

Ma montre m’alarme de nouveau ; c’est le moment du check-up ! Etant diabétique, je dois souvent faire des bilans de santé. Ma montre connectée à l’application Diab-et-moi tient à jour toutes les informations concernant ma santé liée à ma pathologie. Là, je dois rapidement échanger avec mon médecin pour vérifier que tout va bien. Puisque c’est un examen de routine et que l’application n’a pas donné d’alarme particulière, je n’ai pas besoin de me déplacer sur place.

20h30 : Sortie du jour

Après avoir terminé mes tâches de la journée, je sors rejoindre des amis pour boire un verre et aller voir un film. La plateforme Amazon Prime a désormais des locaux physiques qui permettent de sélectionner et de voir des films sur grand écran de son catalogue. De nombreuses salles sont équipées de casque et siège de réalité virtuelle afin de proposer une immersion optimale. Avouons-le nous, la séance n’est pas donnée, mais l’expérience est incroyable. Il y a aussi désormais un nouveau service de gaming, en partenariat avec Ubisoft, qui permet de jouer à leurs jeux vidéos dans leurs structures.

Pendant notre verre, la question tourne autour des monnaies virtuelles, qui ont été définitivement interdites par la quasi totalité des pays du monde. Cela suscite de nombreux débats houleux, mais la réaction des gouvernements a été quasi unanime ; leur utilisation engendrait trop de risques de dérégulation économique et de sécurité.

23h30 : Fin de journée

Me voici de nouveau dans mon lit, après une journée bien chargée. Je lis tranquillement lorsque je me rappelle brusquement que mon frigo est vide et que je n’ai absolument pas le temps de faire les courses dans la journée de demain. J’ordonne donc à mon enceinte connectée de prévoir une livraison par la coopérative de locale en énumérant mes besoins ; elle a de toute manière en mémoire les produits que j’achète habituellement. La commande est passée, je peux donc m’endormir sans avoir ce soucis en tête.

Anouk LALY

Quels enjeux se jouent autour des systèmes de paiement alternatif in-app sur l’App Store ou le Google Play ?

Les plateformes de distributions d’applications les plus connues et utilisées, l’App Store et le Play Store imposent les taxes qui vont de 15% à 30% de chiffres d’affaires annuel généré par chaque l’application utilisant les achats intégrés. Cet imposition de paiement des grandes portion de leur revenus a ravagé les développeurs d’applications, qui trouvent qu’ils existent des monopoles détenus par ces plateformes.

Les batailles entre les grandes entreprise des applications mobiles et les plateformes de distributions, ne font que perdurer. En effet, tout a commencé en juin 2020 en Europe quand le studio de création de jeux Epic Games a attaqué en justice les plateformes de distribution des applications – l’AppStore et le Google Play. Les autres entreprises qui ont joint le studio Epic Games sont Spotify, qui a l’Apple Music comme sont concurrent direct, Match Group (qui comprend l’application de rencontres Tinder) et d’autres. Après des nombreux appels à des décisions, la bataille n’est pas finie. D’un autre côté, on vois des changements positifs qui ont été influencés par des décisions de la Commission européenne et les engagements des associations des développeurs aux États-Unis. Le résultat  plateformes de distribution permettent aux développeurs de communiquer sur les moyens de paiement alternatifs, ce qui a été interdit et parfois sanctionné jusqu’à présent par Apple.

Dans le risque de complètement perdre le marché de la Corée du Sud, Google Play, attaqué par l’État, introduit le système de paiement alternatif dans ce pays à la fin de 2021. La Corée du Sud, le pays d’origine de Samsung, est un marché très particulier comparé au monde occidental. À cause des Sud-Coréens utilisant majoritairement les smartphones Android, Google Play a un grand potentiel et beaucoup d’utilisateurs à adhérer à sa marque.

Le business modèle émergeant en ce moment est le modèle de subscriptions. De plus en plus d’applications le choisissent comment leur modèle de monétisation et les plateformes ont reconnu ça. En effet, les deux plateformes ont réduit leur commission pour tous les abonnement à 15%. Cette décision est très favorablement acceptée dans les communautés de développeurs.

Même si les plateformes offrent la possibilité de communiquer sur les moyens de paiement alternatifs, les applications de rencontre aux Pays-Bas ont poursuivi leurs efforts pour rendre possible et avantageux pour les développeurs d’utiliser les systèmes tiers de paiement in-app. Le jugement est fait à leur faveur, mais Apple a fait beaucoup d’efforts de ne pas passer à côté de sa commission. En effet, deux nouveaux modes de paiement ont été mis en place, mais la commission a resté presque inchangée : 27% de revenus d’applications qui passent par ce système restent à Apple, comparé à 30% initialement prévus pour toutes les applications. En plus, cette nouvelle règle reste réservée au applications de rencontre.

En attendant des nouvelles technologies et les solutions qui permettront de contenter tous les parties, les grandes efforts des développeurs persistent et on voit déjà la situation s’améliorer à leur faveur. D’un autre côté, les grandes entreprises, qui ont beaucoup de moyens financières, vont toujours essayer de gagner encore plus et de se défendre auprès des cours internationales.

Sources :

1 – https://www.techtimes.com/articles/267552/20211104/google-play-allow-south-korea-alternative-app-purchase-options-users.htm

2- https://www.usine-digitale.fr/editorial/apple-autorise-desormais-les-developpeurs-a-proposer-des-systemes-de-paiement-alternatifs.N1153022

3- https://ios.developpez.com/actu/330757/Apple-facturera-une-commission-de-27-pourcent-pour-les-achats-d-applications-effectues-a-l-aide-de-systemes-de-paiement-alternatifs-aux-Pays-Bas/

4-

Epic, Spotify et de nombreux alliés forment une coalition contre Apple

 

Le monde d’après

Le monde d’après

Je me dirige souvent vers le 92 rue d’Assas avec une certaine nostalgie, sans pour autant réussir à me souvenir précisément du monde d’avant. Quand je suis rentrée dans cette université, la pandémie du COVID-19 venait de frapper et nous pensions tous que le monde resterait uni face à Mère Nature. Seulement, les choses ont changé. Avec le recul, le temps où nous débattions quant à la nocivité de la 5G me manque. Je crois me souvenir d’un article que j’avais écrit sur le rapport entre les écrans et la mauvaise croissance des enfants, sujet bien futile aujourd’hui. Après tout, c’était une époque où nous nous offusquions des mauvais traitements que subissaient les employés chinois pendant la construction de nos smartphones, tout en consultant ou partageant ces informations sur nos smartphones. On se battait à notre manière. On s’insurgeait des ignominies faites aux Ouïgours, on se révoltait face aux climatosceptiques et on levait le poing pour l’égalité homme femme. Maintenant, tout me paraît dérisoire et illusoire. Pourtant, il n’y a que six petites années qui nous séparent de ce monde-là.

Quand j’arrive devant l’enceinte de l’université Panthéon-Assas, on me tend un masque, un nouveau. Il faut le changer régulièrement. Ce n’est pas le COVID, c’est pire. J’entre en passant les portes où des hommes armés fouillent mon sac. Le plus grand, celui au regard sévère, passe son téléphone sur mon bras. Bien sûr, comme chaque matin, l’appareil bip. Je préférais l’étoile jaune au système de Radio Frequence Identification qui a évolué avec le temps : je ne peux malheureusement pas le retirer celui-là. On me place sur le côté, là où une jeune femme attend.

Un homme malingre s’empare de mon bras, celle où se trouve une montre offerte par le Nouveau Monde, sorte de cadeau empoisonné. Il place sa montre dessus en me faisant grimacer. La douceur, ils ne connaissent pas. Mon trajet s’affiche, il regarde quelques messages, puis me laisse passer.

Quand c’est arrivé, je ne pensais pas être touchée. Après tout, je suis née en France, mon sang ukrainien s’est mélangé à l’Espagne et je ne pensais pas représenter une menace. Malheureusement, l’identification est vite arrivée. La Russie a fait de l’Ukraine un problème. Ils auraient pu se débarrasser des Ukrainiens du monde entier, mais ils se sont contentés de les surveiller, car ils ne représentaient pas une menace. J’ai de la chance de n’avoir que des origines, car là-bas, une rumeur circule comme quoi ils ne dorment pas, ne mangent pas et construisent des puces à longueur de journée. Je préfère être en France, même si Paris a subi les attaques avec plus de vigueur que mon sud natal. Après tout, pourquoi me plaindre, j’aurais pu être en Amérique, vaste continent dévasté et rayé de la carte 6 mois après le conflit. Ah, ça, Elon Musk n’aurait pas pu le prévoir. Tout le monde savait que la Chine et la Russie seraient un jour un problème, mais personne n’a réagi assez tôt. Même Black Mirror n’a pas pu anticiper ce désastre. Après tout, les scénaristes avaient constaté les dangers de la reconnaissance faciale et l’évaluation de la population, permettant à certains des privilèges que d’autres ne pourraient plus jamais atteindre sans un nombre incalculable de sourires – et cela s’ils arrivaient encore à se nourrir. Si une nouvelle saison était sortie, elle aurait parlé du bitcoin et du multivers comme une révolution, que la Chine accaparait déjà pour surveiller les foules. Plus futile encore, un épisode tout entier sur ces lieux artificiels qu’ils prévoyaient de construire. Qu’il la détruise cette planète, elle se rebellera et pourra tout recommencer à zéro. Sans nous. Toutes ces choses résonnent douloureusement en moi.

Je me dirige vers la machine à café et je passe ma montre sur le capteur qui s’éclaire d’un rouge trop commun. Je ne peux pas payer, car j’ai consommé trop de café ces derniers temps. WeChat surveille-t-il ma santé ou mon bonheur ? J’ai envie de briser cette montre. La Chine a décrété que nous, les parias, nous ne pourrons plus consommer comme les autres. S’ils avaient pu, ils nous auraient enlevé tout moyen de communication. Seulement, c’est le meilleur moyen de nous contrôler.

En me dirigeant vers ma salle de cours, mes pensées divaguent. J’ai peur de terminer mes études. Finalement, étudier en tant de guerres c’est aussi se protéger. On est encore un jeune mouton à qui on peut insuffler toutes sortes d’idioties sur la suprématie de la Chine et de la Russie. On peut apprendre à communiquer sur des applications où la communication n’a plus de sens, levier de la propagande actuelle. J’ai troqué les cours où nous cherchions à analyser le spectre complexe des technologies mobiles, pour des cours où je me dois de comprendre bêtement le mécanisme des super apps, tout en imaginant des applications de jeux qui permettront d’engendrer le plus d’argent possible. Ça n’a pas vraiment changé, dans le fond, mais le marché du jeu mobile est très contrôlé. Les dirigeants ont peur que les résistants puissent passer par les applications de jeux, marché lucratif dans le domaine des applications, pour pouvoir faire passer des messages. Quand j’aurai fini mes études, bientôt, je les rejoindrai. Je trouverai un moyen.

Je cherche Hanna du regard, car elle n’est pas encore arrivée. On ne peut pas être en retard et je m’inquiète. Je lui envoie un message, mais celui-ci ne passe pas. Nous ne sommes plus prioritaires à cause du beamforming. Si nous pouvions encore faire des memes, j’en ferais sûrement un sur deux parias qui s’envoient un message.

Finalement, une heure plus tard, j’ai la réponse. Un message en russe, que je comprends parfaitement car le français est proscrit depuis 4 ans, m’informe que le numéro d’Hanna n’est plus attribué. Perdre son numéro, c’est perdre son existence à l’heure qu’il est. Je range doucement mon téléphone dans ma poche alors que mes mains tremblent. C’est presque devenu une habitude. J’ai perdu une foule d’amis à cause de leur genre, leur sexualité, leur origine ou quelques tweets envoyés juste avant le conflit. Le carnage commença le lendemain de la bombe de Washington. Toutes nos données furent décryptées par des IA formées pour repérer les profils dangereux pour la nouvelle autorité mise en place. J’ai vu disparaître tant de personnes et cela sans même qu’un humain vérifie l’identification pointée du doigt par l’IA. Alors, je soupire et quand la fin de la journée arrive, je sors du bâtiment.

Il fait très chaud pour un mois de février. Le soleil caresse ma peau tandis que je marche. Ses rayons se dispersent légèrement dans la poussière qui me brûle légèrement les yeux. Mon masque blanc est devenu noir, je le change en évitant de respirer. La poussière noirâtre des attaques n’est pas retombée et la bombe qui a explosé en Amérique a déréglé le monde dans son ensemble. Plus puissante qu’Hiroshima et Nagasaki, elle nous assure aujourd’hui une mort certaine, d’un cancer ou d’une malformation qui ne saurait tarder.

La nature me manque. Je ne la vois plus, car je n’ai pas le droit de sortir de la ville. Mon chemin est finement calculé et je dois faire une demande officielle pour chaque déplacement. Lorsque je dérive ne serait-ce que d’une rue, les satellites GLONASS et BEIDOU envoient un signal qui déclenche une alarme sur ma montre et mon téléphone.

Quand j’arrive dans mon appartement, je peux enfin quitter ma montre, car l’enceinte Xiaomi s’active. Elle me décrit le temps qu’il fait, oubliant bien sûr de parler du nuage de cendres et une publicité démarre, promouvant la cérémonie des jeux d’hiver. Je sais par avance qui seront les gagnants.

Je m’écroule sur mon lit et je ferme les yeux. Aujourd’hui, on m’a demandé dans quelle entreprise j’aimerai aller après ma remise des diplômes. J’ai une certaine facilité avec la communication politique et ils aimeraient que j’intègre l’équipe de propagande russe. Je n’ai pas le choix, je le sais. Seulement, je ne trouve aucun moyen de m’échapper. Tout est contrôlé, tout est cadré et nous n’avons aucune information sur ce qu’il se passe dans le monde. Je ne saurais même pas où aller.

Mon téléphone sonne, c’est un mail. Comme s’ils avaient deviné mes préoccupations – je suis certaine que c’est la puce – mes professeurs réitèrent leur demande d’orientation. Alors, fébrilement, je coche l’agence de propagande chinoise. Au moins, avec eux, j’aurai peut-être accès à davantage de technologies. C’est un peu choisir entre la peste et le COVID. Mon téléphone sonne, on me félicite de ce nouveau poste que je viens d’accepter par-dessus la jambe. Et WeChat, encore, me conseille de faire du sport car ma montre a détecté un pouls trop élevé. Bien sûr, ce n’est pas véritablement un conseil, mais une obligation.

Je chuchote impulsivement « va te faire voir », comme si toutes ces pensées vers ce monde libre qui nous a quittés m’avaient donné la force de me rebeller. Bien sûr, je n’aurais pas dû.

Justine Levine-Abile

31 mars 2028

31 mars 2028

Candice ANTIGA

Il y a 7 ans de cela, l’entreprise Meta s’engageait à développer un nouveau monde virtuel appelé le Métavers. Nous sommes aujourd’hui le 31 mars 2028, la construction de ce nouvel écosystème numérique n’est plus une promesse en l’air mais bien une réalité. Pour atteindre son objectif, l’entreprise a procédé à l’embauche de pas moins d’un million d’employés à travers le monde dédiés entièrement au développement de ce projet et a dépensé en 7 ans la somme pharamineuse de 80 milliards de dollars américains.

Les experts parlent d’une révolution technologique équivalente à celle de l’arrivée du web 2.0. Et il est vrai que l’entrée du métavers dans nos vies a totalement redéfinit notre rapport avec la réalité elle-même.

En 2028, bienvenue dans le web 3.0 ! Le recours à un réseau performant tel que la 5G, s’émancipant du seul smartphone pour permettre la connexion d’objets multiples, est devenu un pré-requis. Toutefois, la course à la 6 est d’hors et déjà lancée, et l’émergence du nouveau monde numérique n’y est pas pour rien.

Je vais vous raconter ma journée type, dans un futur pas si éloigné.

9h du matin, l’heure de la conférence de rédaction hebdomadaire que nous réalisons chaque lundi avec les équipes de rédacteurs. J’ai été embauchée au journal Les Echos suite à mon alternance en 2022. Malheureusement, la majorité de l’équipe est en télétravail. Il y a encore quelques années, dans ce type de situation, nous nous retrouvions dans la grande salle de réunion des locaux situés au 10 boulevard de Grenelle dans le 15ème arrondissement de Paris. Mais l’arrivée de ce monde virtuel a amorcé dans notre groupe une révolution de son modèle économique, basée sur la réductions locaux d’entreprise dans le monde physique.

Pourquoi débourser un loyer astronomique pour des locaux physiques, alors que que nous pouvons reproduire la même vue sur la tour Eiffel dans le monde virtuel, et ce à moindre coup ?

Depuis le début d’année, nous avons donné l’autorisation à notre direction de nous implanter directement dans le cerveau, un implant Neuralink. Pourquoi passer par un casque VR alors que l’on peut désormais passer directement par des impulsions dans le cerveau ? Moyennant la signature d’une document déchargeant le groupe en cas d’effets secondaires et de problèmes de santé graves occasionnés par l’implant, nous avons même touché 20 000 € brut de prime de dédommagement. Il y a bien eu dans le débat public, ces critiques virulentes sur le fait que maintenant on ne suit plus nos vies au jour le jour, mais nos corps au jour le jour, d’entrer dans notre corps. Mais qu’importe. Après tout, notre téléphone portable ne nous suivait-il pas avant partout tout le temps ? Ne captait-il pas toutes nos données ?

Mon avatar volumétrique me ressemble, il est même ma copie conforme. 70 caméras ont reproduit toutes mes caractéristiques physiques, et ont imité mes traits, mes gestes, mes mimiques faciales. Bref, tout ce qui me rend unique.

J’ai d’ailleurs envoyé récemment ma jumelle virtuelle réaliser une formation, des démarches administratives, et hier une interview. La réunion s’est déroulée sans accroc, bien que la majorité des collaborateurs présents ne se soient pas rencontrés dans le monde physique.

Il est maintenant l’heure de déjeuner.

J’envoie mon avatar faire la queue de ce restaurant de sushis très prisé dans le monde virtuel, mais situé physiquement à Amiens.

Vous pensez que la commande va être longue à arriver ? C’est que vous vivez encore en 2022 !

Une fois passé en ligne par mon avatar, la commande est préparée et emballée de façon traditionnelle par les équipes du restaurant amiénois.

Le système ERM envoie les informations de livraison au serveur qui centralise le routage d’un drone en ma direction. Mon emplacement précis est transmis en temps réel au serveur, je reçois donc régulièrement des notifications de livraison. Le drone arrivera muni des sushis dans une vingtaine de minutes, finalement pas plus qu’un coursier à vélo, mais j’ai pu commander dans un autre département.

En surveillant l’arrivée de ma commande par la fenêtre, je vois qu’un accident de la route se produit. Sûrement un dysfonctionnement chez une voiture autonome ? Pas d’inquiétude à avoir, les coordonnées de l’accident seront retransmises en un temps record aux pompiers, les feux de signalisation réguleront seuls les embouteillages, et si un usager de la route a été blessé, l’amélioration des imageries médicales ces 5 dernière années devraient permettre aux personnels soignants de détecter l’hémorragie en moins de deux. Merci la Smart City, merci l’IoT, merci la 5G !

La journée se poursuit sans que je n’ai besoin de sortir mon téléphone.

A quoi bon ? Grâce à mon implant, je peux contacter qui je souhaite, quand je veux !

Pendant que mon robot rédacteur rédige mes articles (grâce au système d’intelligence artificielle GPT-6, successeur du GPT-3), je retrouve un collaborateur dans le monde virtuel, pour une partie de ping-pong virtuel. Une fois rédigé par mon intelligence artificielle, j’utiliserai un assistant de rédaction web/SEO pour optimiser mon contenu sur internet et pour étoffer son champs sémantique. Cela devrait suffire à le rendre suffisamment « humain ».

La journée de travail s’achève, mais une autre commence. Je suis enseignante vacataire et chargée d’enseignement à l’université Paris II Panthéon-Assas. J’assure un cours de « Robotisation de la rédaction et optimisation de contenu sous intelligence artificielle » auprès du Master UNIC, de 19h à 20H30 (ils finissent toujours aussi tard les pauvres…). Heureusement pour eux, inutile de se déplacer ! Ils peuvent suivre directement le cours sur Métavers School, dans ma salle de classe virtuelle.

S’ils sont sages et attentifs, je leur ai promis de leur faire visiter les locaux virtuels de notre groupe de presse, pour qu’ils voient comment nous travaillons dans le monde virtuel !

La journée finit je n’ai pas bougé de mon appartement parisien aujourd’hui. Je me satisfait tellement de ce médium plus immersif, de cet internet incarné, que je jouerai à un jeu vidéo en ligne ce soir pour retrouver es amis. Qu’est-ce qu’on a hâte de l’arrivée de la 6G, peut-être pourra t-on vivre en plus d’une expérience basée sur la vision, une expérience basée sur l’odorat et le toucher ? j’entends déjà dire mon ami Paul se plaindre que « Nianiania, on atteint le paroxysme de la tension entre digitalisation et utilisation de nos données liées à notre corps », « ce n’est plus la fin de la vie privée mais de l’intimité »… Qu’il est lourd celui-là ! S’il m’agace, je le bloquerai dans le métavers. Après tout, à notre époque, il est très improbable que je puisse le croiser dans le monde réel.

Sources :

https://www.journaldunet.com/media/publishers/1508179-pourquoi-aller-dans-le-metavers/

Que va apporter la 5G à l’innovation ?

https://leclaireur.fnac.com/article/72758-implant-neuralink-ou-lambition-folle-delon-musk-daugmenter-les-capacites-de-lhomme/

https://www.redacteur.com/blog/redaction-textes-robots/

https://technologies-mobiles.com/wp-admin/post.php?post=12263&action=edit

C’est quoi, le métavers ?

Examen – Violette Lisbonis

I’ve paid my dues

Time after time

I’ve done my sentence…”

 

La musique résonne dans la pièce alors que j’ouvre doucement les yeux. “Alexa, stop” dis-je d’une voix encore à moitié endormie tandis que la lumière pénètre progressivement dans la pièce. Chaque matin, c’est la même chose : une musique est sélectionnée dans une playlist prédéfinie et les volets sont automatiquement ouverts. J’entends la machine à café se lancer et je sais que j’ai le temps, les objets font et je n’aurais qu’à récupérer la tasse quand je serai prête. En attendant, j’attrape les lunettes connectées posées à côté de moi…

 

A peine posée sur mon nez, un déferlement de notifications m’assaille. Je commence par les données concernant mon sommeil. Tout est indiqué, de mes murmures au cauchemar qui m’a réveillé à 3h du matin, une nuit mouvementée en somme. Cela explique ma fatigue. Les emails défilent, projetés directement sous mes yeux et j’y répond par la voix. Quelque part dans la pièce, se trouve mon iphone 20 mais je ne m’en sers plus vraiment. Quel intérêt ? Je finis par me lever, tout en continuant de consulter les différents réseaux et applications dans la bulle que construisent les objets qui m’entourent. Je finis la bouteille de lait, mais je n’ai pas besoin d’y penser, le frigo familial s’occupe de commander son remplacement – qui sera avant que je ne rentre des cours.

 

D’ailleurs, il est temps d’y aller. Enfin, d’y aller… Le temps du présentiel est fini. Après le Covid et les autres épidémies qui ont suivies, on ne va plus nulle part. Bien sûr, j’ai fait l’effort dans les premiers temps, j’utilisais mes lunettes connectées pour le guidage, je scannais mon téléphone pour entrer dans des rames bondées, je n’arrivais pas à échapper à l’angoisse des autres même avec mon casque de réalité virtuel.

 

Je commence par me connecter sur Gather. Là, chacun d’entre nous possède son avatar et son bureau personnel, permettant d’échanger entre nous où directement avec le professeur. J’enfile le casque de réalité virtuel qui nous est prêté par l’université, depuis la salle de cours – dans laquelle il doit être seul – le professeur fait  sa présentation et tente de capter nos réactions, certains ont l’air perdu, mais pour la plupart nous ne sommes plus que des visages sans expression. Je tente de me concentrer, mais rapidement je suis happé par le flux de notifications qui reprend et je me planifie ma soirée plutôt que d’écouter. Il me semble entendre le terme d’effet bulle et je ris intérieurement : qui croit encore aux dangers de la technologie ? Pourquoi devrais-je m’embarrasser  de pensées avec lesquelles je ne suis pas en accord quand des algorithmes me permettent de ne voir que le contenu qui me correspond. Qu’est-ce que l’université peut encore m’apprendre, avec ces profs qui ne savent pas ce qu’ils font et ne maîtrisent pas les outils ?

 

La journée se passe et j’ai l’impression de ne rien apprendre, je suis le cours des différentes cryptomonnaies, automatise mes achats de NFT…. Je sais déjà ce qu’est la communication : utiliser les bons mots pour délivrer le bon messages à travers le bon médium. 

 

20h26. La journée de cours est presque terminée, je n’ai pas quitté ma chaise. Soudain, une vidéo se lance automatiquement, je crois d’abord à un virus et tente de la fermer. Mais je n’y arrive pas et je reconnais la voix, encore ce terme d’effet bulle, accompagnée de ceux d’isolement, je ne comprends pas tout. Mais je vois, je reconnais mon amie qui saute d’un pont et assiste, impuissante, à sa chute. Elle avait suprrimé ses comptes sur les réseaux sociaux, c’est sa faute n’est-ce pas, si plus personne ne lui parlait ? On ne quitte pas le Métaverse.

Pourtant, c’est bien une larme qui coule sur ma joue ?

2/ Sujet prospectif

Il est 7h45, l’alarme sonne pour la troisième fois depuis une demi-heure. Le système d’analyse du sommeil s’est à nouveau trompé. En me levant du lit, je me répète qu’il faudra le changer par un nouveau système plus pointu et adapté à mes besoins. Il n’est pas possible qu’il se soit à nouveau trompé sur le moment du réveil plus adapté à mon sommeil. Je suis en retard pour aller au travail. Je prends une douche au même temps que la maison se réveille aussi. La machine à café commence à préparer du café, tandis que deux tranches de pain commencent à griller deux minutes après que je suis sortie de la douche. Il est toujours très confortant de vivre dans une maison connectée, qui connait mes habitudes calculées à partir de la récolte des données.  Depuis que j’ai installé le Li-fi sur tout mon appartement, il suffit d’allumer pour que toute la maison de mette en route.

 

En vue de mon retard, je préfère prendre mon vélo que les transports publics. Je monte sur la selle et l’écran affiche la route à parcourir qui privilège la piste cyclable et évite le plus grand nombre de feux pour que je puisse rouler plus vite. En roulant sur la piste, je m’aperçois que les vélos mécaniques comme la mienne ne sont plus visibles. La majorité des personnes utilisent les nouveaux vélos électriques pour aller plus vite en faisant le moindre d’efforts. Après quelques hésitations, j’ai décidé de garder le vélo mécanique de ma mère, qui me permets de pratiquer du sport tout en me déplaçant pour aller quelque part. Il y a quelques années, j’ai décidé d’y intégrer quelques outils numériques, comme l’écran et la batterie électrique, au cas où il devrait se casser un jour. Avant de tourner vers le dernier bloc d’immeubles avant mon bureau, j’envoie un message à mon équipe pour leur dire que je serai en retard à la réunion de 9h.

 

Je dépose mon vélo et je rentre dans les locaux. Il n’existe plus l’espace d’accueil depuis quelques années. Pour accéder aux bureaux, il suffit de patienter une seconde devant le portail, afin que le système de reconnaissance faciale reconnaisse ton visage.

 

Mon portable professionnel me communique à travers les écouteurs placés l’heure et le numéro de la salle de mon premier rendez-vous. Heureusement j’ai que cinq minutes de retard. La voix mécanique sortant de mes écouteurs, m’informe que tous les participants sont déjà connectés à ma réunion.

 

La réunion a déjà démarré et deux personnes sur cinq sont à distance. Je m’assois au bureau et je me place devant l’écran, où ils sont connectés les deux autres personnes. Après la crise sanitaire, le travail à distance est devenu une forme de travail de plus en plus utilisé. La majorité des personnes choisissent de télétravailler une semaine sur deux pour adapter leur vie professionnelle à leur vie personnelle.

 

Pendant toute la matinée s’enchainent plusieurs réunions avec des comités venant de plusieurs pays dans le monde. Mon calendrier professionnel m’informe des délais de certains projets que je dois porter à termes et m’alerte que le temps restant de mon après-midi je vais devoir le consacrer à l’avancement de mes projets.

 

Il est 12h30, je commande mon plateau de repas en regardant le menu de la cantine affiché sur l’application dédiée à la restauration. Dix minutes après je descends les escaliers et je vais récupérer mon plateau déjà prêt. Je m’approche du portail pour que le système reconnait mon visage pour payer mon repas. Une voix mécanique sortant de mes écouteurs m’informe que dans trente minutes j’ai une réunion urgente qui a été organisée à la dernière minute. Je demande de détailler le contenu de la réunion et des participants. Il s’agit à nouveau d’un point sur le retour de la dernière campagne de communication que nous avons préparé pour un client. Je décline la réunion, les organisateurs pourront la faire sans moi, je les invite à m’envoyer le compte rendu au plus tôt possible pour que je puisse faire une dernière lecture.

 

Je demande à mon assistant vocal de me réserver une salle pour que je puisse travailler en tranquillité l’après-midi. Les nouveaux bureaux sont disposés en open-space, ceci rend parfois le travail très difficile à être accompli sans être dérangé tout le temps. Je demande également de connecter mon portable à mon appartement pour voir si j’ai besoin de faire les courses. L’outil me présente une liste de produits proches de la date d’échéance et qu’il faudra impérativement consommer ce soir. Il me propose plusieurs recettes simples à faire avec les ingrédients dans les placards.  Les courses seront pour une autre fois.

 

Je mange en regardant les nouvelles sur mon portable. Depuis quelques semaines il y a un débat déclenché par le fait que selon les dernières statistiques, les élèves des écoles primaires ne semblent pas apprendre à travers les cours à distance. Beaucoup entre eux retardent dans l’appréhension de lire et écrire et donc ils n’arrivent pas suffisant préparés au collège. Ces mauvais scores ont remis en question tout le système d’enseignement scolaire et universitaire qui a été décliné à distance depuis 2025. Je me souviens de ce changement, qui a complètement révolutionné la manière d’enseigner et d’apprendre. Les cours à distance ont permis de faire vivre plusieurs nouveaux dispositifs digitaux de formation, comme les MOOC. Ces systèmes permettent un meilleur enseignement plus personnalisé, qui accompagne les étudiants dans l’appréhension de nouvelles matières. En fonction de l’assiduité dans le suivi des cours et des résultats, la plateforme suggère une date pour passer l’examen national. Ces nouvelles méthodes pédagogiques luttent contre le décrochage scolaire et le sentiment de ne pas être vraiment suivi par les enseignants. Cependant, les derniers résultats statistiques mettent en avant les limites de ces nouveaux enseignements, pas toujours adaptés à tous les niveaux d’âge.

 

Il est 19h, j’ouvre la porte de mon appartement par la reconnaissance faciale. La maison s’allume et j’entends la machine à laver qui commence à tourner. Je choisis le menu pour mon diner et je mets tous les ingrédients dans le robot de cuisine. Le repas sera prêt dans une heure. Je m’allonge sur le canapé et j’allume la télévision. Mon appareil me propose une sélection des contenus adaptés à mes goûts et à mon historique.

Isotta Marcelli

 

Alexis Leclerc–Dalmet

Ceci est un pur écrit de fiction ! Bonne lecture.

21 février 2028

« T’en fais trop », encore une fois, Léa n’aura pas manqué de me rappeler que je frôle le surmenage. Comme si je ne le savais pas déjà ! Il faut reconnaître qu’elle n’a pas tort, comme tous les autres d’ailleurs. Entre les cours, le travail et l’engagement militant, le tout sans trop savoir que faire d’une potentielle vie familiale, sociale ou romantique… Je ne sais plus où donner de la tête.

Je me suis toujours senti en décalage. Dites-vous que, quand tout le monde ne rime plus que par Métamazon, je suis encore resté bloqué sur Facebook. Dire que ce qui était, il fut un temps, le premier réseau social au 1 milliard d’utilisateurs, n’est aujourd’hui qu’une plateforme alternative pour regrouper nous autres, les marginaux d’une époque. Cela dit, vous le savez, les deux sont possédées par les plus grands groupes capitalistes au monde ; et qu’importe que cela soit exactement la raison d’être de mon engagement et de mon combat, je participe à ce système. Consommer, consommer, consommer. On peut tout faire sur ces choses-là. Enfin, surtout tout consommer.

D’ailleurs, vous vous rendez compte qu’il y a encore 10 ans, des gens venaient taper à votre porte pour vous déposer une livraison ? Je ne sais même pas s’il existe une personne qui ouvrirait encore à quelqu’un qui ne se serait pas annoncé. Et encore, sous réserve que l’intelligence artificielle de votre porte connectée n’ait pas identifié une potentielle menace. Rien que ce matin, Gabriel s’est présenté devant chez moi. Tu te diras peut-être, lecteur, que c’est une bien drôle d’idée, qu’il aurait suffi de lancer un appel en réalité virtuelle ; mais, lui aussi, c’est aussi un marginal. Quoi qu’il en soit, il avait vraisemblablement l’intention de me reconquérir – ce qui, cela dit, avait bien peu de chances de réussir après qu’il se soit adonné à une nouvelle sauterie – ; mais mon appartement en a décidé autrement et a directement appelé les autorités. Il a aujourd’hui un dépôt de plainte au cul, pour harcèlement, généré automatiquement par une porte. Une porte ! Quel monde n’est-ce pas ? Même pas besoin de mon témoignage, il sera prochainement déféré. Mais honnêtement, je m’en fous, c’est un peu le cadet de mes soucis en ce moment.

Après cet épisode, j’ai suivi mes cours, où on nous rabâche toujours ce même discours naïf, sur les bienfaits de la technologie ou je ne sais trop quelle bêtise. Sur les applications en matière de santé, de justice, de sécurité-sûreté, d’échange comme de rétention d’informations, etc. Je ne sais même plus pourquoi je reste assidu. Moi qui voulais faire du journalisme, je suis bien tombé. De toute manière, on ne sait même plus s’il y a des vraies personnes derrière les articles ; t’imagines qu’en t’écrivant cette lettre, lecteur, j’offre mes mots à un dispositif capable de te raconter toutes les histoires et toutes les contre-histoires dans tous les styles et toutes les langues que la Terre ait jamais connus ? Et que chaque mot dont je suis l’auteur vient grossir la valeur de ce que quelqu’un d’autre possède. Nos ancêtres luttaient contre l’exploitation, je ne sais pas s’ils auraient voulu connaître ce temps. Enfin bon, c’est peut-être le même discours débile qui traverse les âges, celui du « c’était mieux avant » hein ? De toute manière, j’ai pas connu l’avant, et j’ai pas forcément envie de connaître l’après. Mais c’était une journée compliqué, donc j’ai fermé mon ordinateur et quitté la classe. (Oui, je t’ai dit, marginal et obsolète, je suis encore les cours sur ordinateur…)

On est le 21. Ça fait 3 ans que je ne supporte plus ce jour, que chaque année je n’ai qu’envie de rejoindre ma mère, emportée par l’explosion de la centrale de Fessenheim en 2025. Tu connais la réponse des pouvoirs publics, contre lesquels je me bats chaque jour depuis : solutionnisme technologique, plan nucléaire national, réinvestissement massif dans le secteur. Tellement d’argent là-dedans que certains commencent à évoquer l’idée d’avoir des mini-réacteurs nucléaires en ville à l’horizon 2040. Ils auraient mieux fait d’emporter mon père ; je ne me serais pas autant battu aujourd’hui. J’ai lancé des manifestations, mais depuis l’accident les gens n’osent plus vraiment sortir ; comme si la Grande épidémie du début de la décennie n’avait pas suffit. C’est certainement un moyen d’action d’un autre temps. Aujourd’hui il faut tout miser sur les pétitions et les référendums d’initiative citoyenne. Cela dit, le premier suscite davantage de participation que le second, alors même que l’explosion des moyens d’action numérique a invisibilisé toutes les causes et que les pétitions n’ont aucun pouvoir coercitif. De toute manière, avec l’autre fasciste au pouvoir, on ne pouvait que s’attendre à ce que le référendum d’initiative citoyenne ne fonctionne pas, malgré toutes les notifications envoyées à chaque citoyen. Et puis la politique n’intéresse plus vraiment, un peuple pourtant si révolté par le passé. Il n’empêche que je commence à croire que je suis fiché, parce que si les échanges se sont numérisés et que le numérique s’est institutionnalisé, il en va de même pour la censure. Je ne te parle pas de la modération des contenus (si encore elle était bien faite), mais d’une censure réelle, dont disposait la Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse avait qu’elle ne soit abrogée et remplacée par la Loi du 15 mai 2027 sur les méta-communications. Je commence à croire que toutes mes campagnes sont shadow ban en fait. D’ailleurs, c’est drôle, compte-tenu de la radicalité du discours que je porte, il y a peu de chance que qui que ce soit ne puisse le lire…

Ce midi, avant que le drone municipal ne m’apporte ma ration quotidienne – oui parce que, ça consomme, ça consomme, mais à côté de ça, depuis le début des grandes migrations climatiques, on manque de bouffe… – ; et donc, avant cela, j’ai reçu une notification urgente de santé. Apparemment une instabilité génétique avait été détectée. Il faut dire que, depuis l’accident, toutes les personnes à moins de 100 km de Fessenheim en voient passer des instabilités génétiques au travers de leurs puces de contrôle… Dans le doute, je suis quand même allé à quelques pâtés de maison, chez Léa, une riche héritière qui ne sait pas encore que je me tape son père Charles depuis ma rupture ni que c’est plus pour lui que pour elle que je viens de temps en temps. Tu sais, je te parlais de la naïveté des profs : les dispositifs techniques sont parfois impressionnants et de très belles avancées, mais le problème reste la question de l’accès. Qui a les moyens de se payer un chirurgiematic hormis une famille bourgeoise ? Bref, je vais chez eux pour profiter de leur machine. Je serais bien allé à l’hôpital, mais je ne vais pas les surcharger davantage pour un contrôle de routine ; alors qu’avec le chirurgiematic t’as une équipe de médecins qui se relaient à distance et en continu pour ce genre de contrôles. Un peu problématique comme rythme de travail, mais ils sont bien mieux payés que dans le public pour ce faire et finalement certainement plus confortables dans l’exercice de leur métier.

Alors même que je franchis la porte de ma résidence, ma montre m’indique que Léa est bien informée de ma venue prochaine. L’IA connaît bien mes habitudes finalement. Bref, j’arrive, quelques bises, je m’installe sur la machine et reçois le diagnostic. On échange ensuite quelques banalités ; c’est là où Léa me rappelle que j’en fais trop. Je n’aime pas cette fille, mais elle a aussi perdu sa mère donc c’est toujours ça. Elle me dit : « Tu sais Gaston, je pense que t’en fais trop, que tu te surmènes. Tu aurais peut-être besoin de vacances. » Comme s’il y avait encore des gens qui avaient les moyens de « partir en vacances ». De toute manière, depuis que l’Etat européen fournit à tous les foyers un écran, un accès internet, un smartphone et un casque en VR, il n’y a plus vraiment besoin de vacances, tu peux changer d’air en restant chez toi. Enfin encore faut-il avoir un foyer pour qu’on te fournisse tout ça. Elle m’a gavé. Je me casse.

Sur le chemin, je revois ce vieil homme sur le bord de la route. On se tape la discute 5 minutes. Il me parle de sa vie passée, et de la transition qu’il n’a pas vue passer. Il me dit qu’on est dans un nouveau monde affolant ; que ses enfants l’ont laissé à la rue à cause de Tinder. Il s’emmêle un peu les pinceaux. Je pense qu’il est aussi un peu alcoolisé, mais il est toujours touchant. L’atmosphère est sèche et lugubre et les varices sur son visage ne manque pas de rappeler qu’on vit dans un monde irradié.

À peine rentré que je reçois une autre notification d’urgence. Apparement mon père est en danger. Je décline la notification, ce qui me vaut un rappel à la loi quant à la non assistance à personne en danger et à mon devoir en tant que fils. Qu’importe, demain je ne suis plus là pour assumer. Ma puce de santé m’a portant contraint d’aller chez le psy, mais comme si c’était suffisant. C’est ça que vous appelez « progrès » ? Vos technologies quand le monde se meurt ? Je refuse de continuer à y prendre part.

En écrivant ces lignes j’ai reçu une nouvelle notification, apparemment mon père est mort. Une autre quant à mon propre état, apparement des gens sont en route (police ? pompiers ?). J’en sais rien, y aura plus grand chose à condamner / réanimer. Mais je ne vais pas tarder, je ne voudrais pas rater le coche.

 

Exodia

Sujet 2 :

Avec l’arrivée en 2039 de la nouvelle filiale Exodia de Google dans le « meta-verse », la distinction entre l’identité réelle et virtuelle n’a jamais été aussi floue. Ce nouveau monde a permit de réunir en un seul lieu tout les univers culturels : les jeux vidéo, la musique, le cinéma, la mode et l’art développent dans cet espace virtuel leurs licences et réunissent donc l’ensemble de la pop culture. Exodia devient ce qu’Internet était dans le début des années 2000, c’est à dire un espace incontournable pour les publicitaires, les créateurs de contenues et les exodiens. Disney est d’ailleurs le bras droit de Google dans ce projet avec plus de 30% des parts de marché grâce à leurs nombreuses licences et les nombreux univers graphiques à leur disposition. En plus d’être un espace pour diffuser des contenus, Exodia est actuellement le plus grand réseau social du monde avec près de 8 milliards d’individus inter-connectés.

J’ai donc rejoint cette entreprise en 2048 après mon stage de fin d’étude en temps que « assistant chef de projet ». Mon rôle principal est d’aider le chef de projet à développer la branche des évènements musicaux dans Exodia, avec l’aide des majors de la musique que sont Universal Music, Sony Music et Warner Music. Il m’arrive donc de rester la majorité de ma journée dans Exodia, à discuter avec les artistes et managers des nouveaux partenariats que l’on peut proposer. Mon rythme de travail m’oblige donc a faire beaucoup de renforcement musculaire à la salle de sport à cause d’une immobilité inhérente à l’utilisation d’Exodia. Ceci pose de gros problème ces dernier temps et Google a promis de développer un moyen moins « passif » de se connecter au réseau Exodia. J’ai entendu parler d’une nouvelle combinaison qui aiderait à simuler l’effort physique grâce à des nano-fibres réactives. L’avantage de travailler chez Exodia c’est d’avoir en exclusivité les dernières combinaisons de connexion avec tout les derniers modules complémentaires. Les derniers modules Apple sont particulièrement sympa depuis leur mise à jour de compatibilité avec Exodia.

En plus de mon travail, se voir entre amis dans Exodia est très pratique. Puisque Josh vie au Canada et Allan a déménagé à Séoul, on se retrouve plus facilement entre nous dans « l’exode » que dans le monde réel. Cela ne nous empêche pas de nous retrouver une fois par an à Paris malgré tout. Mais pour ce qui est de jouer aux jeux vidéos et discuter, l’exode est plus agréable. Il faut savoir que même mes pauses repas se passent dans l’exode maintenant : le nouveau système de dégustation est particulièrement agréable et simule parfaitement la diversité de la cuisine moderne et à bas prix en plus. Il faut juste que je ne me trompe pas de plat avant de commencer la simulation. Manger des lasagnes qui ont le goût de tartines au Nutella, ça n’est pas très agréable.

Je me demande parfois comment nos parents faisait sans l’exode. La vie devait être difficile. Il m’arrive de me déconnecter pendant une semaine et à chaque fois j’ai peur d’avoir loupé quelque chose. Je ne rejoint cependant pas ce nouveau bord politique des « réalistes » qui veulent que l’on vive coupé de toutes présences dans l’exode. Selon moi il est possible d’allier le meilleur du virtuel avec les plaisir de la réalité. Il est vrai cependant que me ressourcer dans le réel ne me fait pas de mal parfois.