Auteur : Jason Vallée

I. Le contexte

Commençons d’abord par définir ce qu’est un assistant vocal. Il s’agit d’un assistant personnel intelligent (ou agent virtuel) résultant d’un programme commandé par la voix. Celui-ci peut effectuer des tâches ou des services pour l’utilisateur qui le commande. Ces dernières s’exécutant grâce aux informations fournies par l’utilisateur comme sa localisation, l’historique des conversations mais aussi via des ressources en ligne telles la météo, la circulation, les cours boursiers, le calendrier…

Voir la définition d’un assistant intelligent

II. Cas d’utilisation

Si en 2019, l’usage des assistants vocaux était encore timide (selon l’étude menée par SUMO Heavy auprès de 1046 personnes aux États-Unis) 49% des personnes interrogées utilisent le smartphone pour effectuer leurs recherche, suivi des enceintes connectées (18%) et des ordinateurs (15%).

Sur ce marché, deux acteurs restent en tête : Amazon et Google.

 

Toutefois, 42% des utilisateurs qui sollicitent un assistant au minimum une fois par semaine, ont déjà acheté par ce biais : éléments pour la maison (12%), places de cinéma, billets de train ou d’avion (11%) ou encore livraison de nourriture (11%).

Pour aller plus loin : Un assistant vocal, pour qui et pour quoi faire ?

Or, la connaissance des enceintes à commande vocale est en progression : 71% des internautes savent à quoi corresponde l’objet (Selon l’enquête Hadopi-CSA réalisée en 2019). On compte désormais plus de 3 millions d’utilisateurs d’enceintes connectées. Le concours de enseignes telles que Fnac ou Darty – via des espaces de démonstration en magasin – participe inéluctablement à ce succès. Aussi, leur intégration dans les boxes des fournisseurs d’accès internet (cf : SFR Box 8) ne peuvent qu’assoir la domination des systèmes Amazon, Alexa et consort. De facto, de nouveaux usages apparaissent : il devient désormais possible de commander par la voix ce boitier, pour changer une chaîne de télévision ou un programme.


Sur le même sujet : Que cace la nouvelle Boxe de SFR ?

III. Assistants vocaux et enjeux de vie privée

Cependant, la démocratisation de ces objets – recelant assistants à notre service – soulèvent plusieurs enjeux. Nous avons jusqu’à’à présent parler désavantagés qu’ils procurent aux consommateurs dans leur vie quotidienne. Qu’en est-il alors de ce qui relève de notre vie privée ?

Ces articles devraient vous intéresser : “Pourquoi vous devriez éteindre vos enceintes connectées en présence d’invités“, “Maison connectée : quels risques pour notre vie privée ?“; “Les assistants vocaux, une immersion dans la vie privée“.

Dans son brevet déposé à l’United States Patent Application le 23 mai, le groupe Amazon – de Jeff Bezos – a présenté un système pour son assistant vocal Alexa permettrant aux utilisateurs de placer un mot-clé d’éveil de l’appareil, destinée à l’objet connecté. L’objectif de ce système, baptisé “Pre-wakeword Speech Processing” est de fluidifier les échanges avec l’utilisateur. Or, Alexa devra capter toutes les conversations des utilisateurs afin de reconnaître le mot-clé d’éveil et identifier la demande. Ainsi, l’outil récoltera, enverra sur son serveur, analysera les conversations pour déterminer s’il s’agit d’une commande ou non — et supprimera (théoriquement) les données qui ne s’avèrent pas utiles. On identifie alors clairement, le problème que pose ce nouveau brevet pour la préservation de la confidentialité de notre vie privée. (En savoir plus).

Pour aller plus loin : “Assistants vocaux: les “affaires d’écoute” à répétition confirment leur capacité d’intrusion dans la vie privée

Il y aura cependant, des assistants qui promettront de ne pas vous espionner

IV. Un risque enfermement avéré

Selon un rapport publié par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel en mai 2019 (disponible ici), les écosystèmes propriétaires mis en place par les constructeur participe à l’enfermement de l’utilisateur. L’étude prend pour exemple le choix d’une plateforme de streaming. 45 % des utilisateurs réguliers d’enceintes connectées déclarent avoir souscrit une offre de streaming musical parce que celle-ci était compatible avec leur enceinte, 14 % se sont à l’inverse désabonnés d’un service de musique parce qu’il n’était pas compatible avec leur appareil.

V. Référencement, une nouvelle manière d’amener le contenu

Si l’on reste sur le prisme économique, l’essor de la recherche par commande vocale modifie in fine le référencement et de la visibilité des offres de contenus disponibles. Les réponses nécessairement orales fournies à l’utilisateur vont ainsi dépendre de nombreux facteurs : qualité de l’assistant vocal, stratégie des acteurs, formulation des requêtes, les historique de consommation, de ses paramétrages, des appareils déjà connectés et leurs comptes associés sans oublier les fonctionnalités nativement programmées. Aux limites d’un terminal sans écran, s’ajoutent désormais, les stratégies des fournisseurs d’enceintes connectées ou d’assistants vocaux, qui ont la capacité d’imposer leurs conditions de distribution aux éditeurs et/ou privilégier leurs propres services.

Pour aller plus loin : Apprendre à faire de l’argent avec l’assistant vocal Alexa

Perspective et évolution

L’intelligence artificielle est partout et pénètre peu à peu notre quotidien avec les assistants vocaux. Au delà des assistants vocaux que l’on connait actuellement (implémentés dans nos smartphones Google, Apple, Amazon…), ceux-ci n’offrent encore que des prémices en terme d’assistance vocale. D’ici 2020, des études montrent notamment que nous parlerons sûrement plus à un assistant vocal, qu’à nos proches. Rien d’étonnant lorsque l’on voit déjà la place prépondérante que prend le smartphone dans nos vies… Les questions relatives à l’utilisation faite des données n’a pas fini de nous faire parler.